Billet d'humeur de la semaine du Dr Christophe Prudhomme
Médecins : échec de la solidarité territoriale
Depuis plus de 20 ans, face au problème des déserts médicaux, les gouvernements successifs ont empilé des mesures d’incitation auprès des médecins libéraux pour tenter d'améliorer la situation. Au fil du temps, dans l’indifférence générale, les bilans d’échec s’accumulent au grand dam des patients qui ont de plus en plus de mal à trouver un médecin traitant.
La dernière invention est un dispositif dénommé pompeusement « solidarité territoriale » qui consiste à demander à des médecins généralistes d’aller exercer jusqu’à deux jours par mois dans l’une des 151 zones en tension identifiées par le gouvernement, moyennant une indemnité de 200 euros par jour. En cette fin d’année, le bilan est maigre, seuls 250 volontaires se sont manifestés et au fil du temps les effectifs se sont réduits. Le meilleur exemple est la région la plus touchée par la désertification médicale qu’est la région Centre-Val-de-Loire qui comporte 21 zones concernées. Des 16 médecins inscrits initialement, il ne sont finalement plus que 3 dans le dispositif.
Une des raisons de cet échec est la volonté d’un effet d’annonce du gouvernement sans réelle concertation avec les médecins concernés dans un système de médecine libérale au bout du rouleau. En effet, à la veille des municipales, alors que la santé est une des premières préoccupations des Français, il paraissait difficile de laisser les communes tenter de trouver des réponses sous la pression de leurs citoyens dans un domaine qui ne relève pas de leur compétence.
Mais aujourd’hui le mal est profond et nécessite des réponses opérationnelles dans l’intérêt des assurés sociaux et des professionnels de santé. En ce qui concerne ces derniers, leur mouvement de grève annoncé du 5 au 15 janvier montre une insatisfaction et un mécontentement profond face à un budget de la Sécu qui leur demande notamment d’appliquer un certain nombre de mesures d’économies au détriment de leurs patients.
Cependant, il est dans l’intérêt des deux parties de réfléchir à l’avenir de notre système de santé et de la nécessité d’évolutions pour conserver un système public solidaire. Cela nécessite de poser la question des freins actuels que constituent à la fois la liberté d’installation et la rémunération à l’acte dans le cadre du système dit de la médecine libérale. A trop vouloir s'arc-bouter sur des modalités d’exercice qui ne correspondent plus aux besoins de la population, ni aux aspirations de très nombreux jeunes médecins, il ne faudrait pas donner des moyens supplémentaires aux néolibéraux pour basculer encore plus vite vers un système marchand financiarisé à l’américaine.
Il s’agit aujourd’hui de faire des choix et de gérer des transitions dans l’intérêt collectif de l’ensemble de la population, professionnels de santé compris. En ce début d’année 2026, soyons exigeants pour un véritable débat sur ces questions. Bien entendu, il y aura des résistances, des oppositions, mais je crois que la majorité penchera en faveur des valeurs du service public, financé intégralement par une Sécurité sociale solidaire à qui il faudra assurer des moyens suffisants.
Dr Christophe Prudhomme
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