đ€Interview/portrait de Aude RĂ©mience Welair
đž️INTERVIEW/PORTRAIT DE AUDE RĂMIENCE WELAIR
FEMME AU CARACTĂRE BIEN TREMPĂ, AUX MILLE COULEURS...
MAIS AVANT TOUT FEMME ATTACHANTE, QUI LIVRE UN TĂMOIGNAGE POIGNANT Ă PARTIR DE SON HISTOIRE PERSONNELLE POUR ATTIRER L'ATTENTION DE CHACUN SUR LES VICTIMES DE VIOLENCES...
đ§Ą UN MESSAGE D'ALERTE POUR CHANGER LES CHOSES
PARCE QUE CELĂ N'ARRIVE PAS QU'AUX AUTRES !
đ§AVANT PROPOS
Comment résumer votre parcours...
J'ai d'abord rĂȘvĂ© d'ĂȘtre professeure d'EPS, puis je me suis tournĂ©e vers le droit.
Depuis vingt-cinq ans, j'Ă©volue au cĆur de la chaĂźne judiciaire : sĂ©curitĂ©, justice,
protection de l'enfance, engagement public. Et un jour, je suis passée de l'autre cÎté du guichet, en tant que victime.
đ¶️Si vous deviez faire votre autoportrait, que diriez-vous de vous ?
Je suis une femme de caractĂšre, aux mille couleurs, construite pour l'action et le droit.
TĂȘtue, mais tĂȘtue joyeuse, et volontaire avant tout. Mes amis me dĂ©crivent comme
quelqu'un de trĂšs droit, et j'aime dire que je suis intĂšgre et franche, parfois trop.
Je suis aussi quelqu’un qui garde tout : les dates, les mails, les mots. Pendant dix ans, j’ai
Ă©tĂ© ma propre greffiĂšre. C’est ce qui m’a fait tenir, et c’est aussi ce qu’on m’a reprochĂ©.
J'ai appris Ă courir vers le danger plutĂŽt qu'Ă le fuir : la peur, elle, ne l'a jamais Ă©vitĂ©. Je n'ai pas su, ou pas pu, empĂȘcher deux personnes que j'ai aimĂ©es de m'abĂźmer, de me faire trĂšs peur et de me mettre en danger. Il a fallu que je coure vite pour les semer. Ăa fait partie de moi, et ça le fera toujours, avec plus ou moins d'intensitĂ©. Alors oui, j'ai aussi longtemps vĂ©cu dans l'hypervigilance. Je suis hypersensible, et je ne l'ai su que trĂšs tard :
sans préparation, un rien me percute. Avec le temps, j'ai appris à en faire une force.
J'ai une grande capacité d'adaptation, et quand un sujet me passionne, je m'engage
pleinement. Il me reste de mon rĂȘve de prof d'EPS une Ăąme de sportive et une vraie endurance. J'ai aussi un humour qui m'a souvent sauvĂ©e. Je ne suis pas facilement
impressionnable. J’aime les gens : Ă©changer avec des inconnus me passionne.
Je suis aimante, aimée ou pas du tout. Je crois qu'il n'y a pas de juste milieu, mais je peux me tromper. Je suis mÚre, survivante, et surtout toujours debout.
Dans mon livre, vous ne trouverez pas une victime qui se brise, mais une femme qui tient, qui note, qui doute et qui rit parfois. Si vous avez dĂ©jĂ eu le sentiment de ne pas ĂȘtre crue, ce livre est pour vous.
đ¶️Vous souvenez-vous de votre premier engagement ?
Mon premier engagement a été à la fois un emploi et une promesse. J'étais surveillante
dans un internat qui accueillait des mineurs placés par décision de justice. Une jeune fille
est revenue d'un week-end chez son pĂšre avec des traces de violences. Ce jour-lĂ , je me suis dit : « plus jamais ça ». J'ai eu envie d'arriver avant, avant les coups, avant le drame.
Servir, protéger, transmettre : toute ma vie professionnelle et personnelle est partie de cette promesse.
đ¶️Ă quelle carriĂšre vous destiniez-vous Ă 20 ans ?
Je me suis tournée vers le droit des personnes, et celui des victimes en particulier.
Devenir avocate était une vraie idée. L'internat a tout accéléré. AprÚs ce que j'y ai vu, je
voulais m'inscrire dans la protection et la défense des plus vulnérables, de celles et ceux qui ont peur. Mon empathie et mon hypersensibilité parlaient déjà , sans que personne n'ait encore posé de mot dessus. J'étais trÚs orientée vers les victimes à l'époque. Humanité, dignité, conscience, indépendance : ne sont-elles pas quatre des cinq valeurs
du serment d'avocat ? C'est ce qui me ressemblait le plus…
đ¶️Ă quelle Ă©poque et dans quelles circonstances le monde de votre carriĂšre professionnelle a-t-il croisĂ© votre route ?
Par la voie des concours. Je voulais arriver avant : je me suis engagĂ©e, et j'ai dĂ©butĂ© ma carriĂšre professionnelle en portant l'uniforme. C'est lĂ qu'a commencĂ© mon parcours au cĆur de la chaĂźne judiciaire, du terrain jusqu'Ă la formation des professionnels.
J’ai passĂ© vingt-cinq ans Ă expliquer aux victimes comment fonctionne la justice. Quand elles arrivaient avec un sac rempli de papiers administratifs, sans savoir par oĂč commencer, je posais des post-it devant elles. De rendez-vous en rendez-vous, ces post-it dessinaient le chemin parcouru : elles voyaient leur avancĂ©e, elles se dĂ©couvraient fortes, puissantes. Jusqu’au dernier, celui oĂč je leur laissais la place de dĂ©cider de leur prochaine Ă©tape.
Puis j’ai arrĂȘtĂ©. Le sentiment d’imposture m’a rattrapĂ©e. Un jour, je suis arrivĂ©e au travail avec des traces sur le visage. Toute la journĂ©e, j’ai soutenu que c’Ă©tait un entraĂźnement au
sport de combat qui avait mal tournĂ©, moi qui connaissais par cĆur toutes ces stratĂ©gies d’Ă©vitement. Je cachais ce que je demandais aux autres de ne plus taire. Comment pouvais-je encore leur demander de me faire confiance ?
Ce que je savais si bien expliquer aux autres, il m’a fallu des annĂ©es pour me l’expliquer Ă moi-mĂȘme. Puis un jour, j'ai poussĂ© la porte Ă mon tour, comme plaignante. Ce double regard est la force de mon livre. Je connais les institutions, je les respecte, et c'est
justement pour ça que je veux les voir mieux faire. Je n'en dirai pas plus… sinon, je vous raconterais
mon livre !
đ¶️Dans quelles circonstances avez-vous pris la plume ?
J'ai toujours Ă©crit. Un petit mail par-ci, envoyĂ© Ă moi-mĂȘme, un petit message par-lĂ :
c'Ă©tait ma façon de mettre mes pensĂ©es en mots. Pendant des annĂ©es, l'Ă©criture m'a aidĂ©e Ă tenir. Puis la colĂšre, la rĂ©volte, un sentiment d'impuissance et mon intolĂ©rance Ă l'injustice m'ont poussĂ©e plus loin. J'ai passĂ© plus de la moitiĂ© de ma vie comme maillon de la chaĂźne judiciaire, jusqu'Ă voir de trop prĂšs comment elle peut, elle aussi, broyer des victimes. En 2026, en suivant des affaires de femmes qui n'avaient pas Ă©tĂ© entendues, j'ai su que le moment Ă©tait venu. Tous ces Ă©crits accumulĂ©s, mon « archive vivante », sont devenus un livre. J'ai le sentiment qu'on travaille souvent dans la rĂ©action et dans
l'urgence. Une loi devrait s'autoriser Ă prĂ©venir, et pas seulement Ă guĂ©rir. C'est ce que j'ai voulu porter, et c'est au fond toujours la mĂȘme promesse : arriver avant. Ăcrire m'a rendu ma voix.
đ¶️Vous venez de publier votre livre en autoĂ©dition. Ce livre aura-t-il une suite ?
Je ne veux pas ĂȘtre trop affirmative, mais je pense qu'il me reste des choses Ă dire. J'ai commencĂ© Ă rĂ©flĂ©chir Ă l'idĂ©e, Ă un plan. Peut-ĂȘtre mĂȘme que j'y raconterai ce moment-ci, celui oĂč je cherche mes mots pour rĂ©pondre Ă votre interview. Ce prochain livre reflĂ©tera sans doute moins la mĂ©moire traumatique, et davantage ce qui l'entoure : l'entourage de la victime, et la façon de trouver un tuteur de rĂ©silience, en quelqu'un ou en quelque chose. Ce qui est bon pour moi ne l'est pas forcĂ©ment pour les autres. Quand des personnes bienveillantes me disaient « tu verras, tu vas t'en sortir », j'entendais, mais je
n'Ă©coutais pas. Venant d'une co-rĂ©siliente, peut-ĂȘtre que mes mots rĂ©sonneront autrement. C'est ce que je souhaite au plus profond de moi.
đ¶️Il n'y a pas qu'une vie dans la vie… Pensez-vous dĂ©jĂ Ă la prochaine Ă©tape ?
Oui, et elle commence par une pause professionnelle. J'en ai besoin. Je ne veux plus ĂȘtre au contact direct des situations difficiles. Je voudrais, en m'appuyant sur mon livre, 6former et informer les professionnels qui accueillent les victimes. J'y suis prĂȘte. Sur les
violences institutionnelles et secondaires, je veux agir en amont, prévenir plutÎt que
guĂ©rir. Et l'idĂ©e de devenir avocate, je la garde en tĂȘte : ce serait une belle boucle, la jeune
surveillante qui voulait arriver avant deviendrait celle qui défend.
đ¶️Quel regard portez-vous sur les rĂ©seaux sociaux ?
Un regard nuancé, mais plein d'espoir. Mon expérience professionnelle m'interdit de me
taire : les rĂ©seaux sont parfois le relais de dĂ©lits graves, notamment ceux qui touchent les adolescentes et les jeunes femmes. Mais ils peuvent aussi ĂȘtre le relais de l'urgence. C'est
grùce à eux qu'on a pu me retrouver pour me demander de l'aide, au nom d'une femme dont je parle dans mon livre. Et ils sont souvent le relais du soutien et de la solidarité.
Aujourd'hui, les « gens d'armes » du net font extrĂȘmement bien leur travail. Pour ma part, j'utilise les rĂ©seaux avec modĂ©ration et discernement. Aux femmes qui me lisent, je dis : protĂ©gez vos traces numĂ©riques, mais ne restez jamais seules.
đ¶️Si vous aviez la possibilitĂ© de faire vous-mĂȘme les questions/rĂ©ponses,
laquelle vous seriez-vous posée et quelle réponse y auriez-vous apportée ?
đ€ Ma question :
« Pourquoi “victime imparfaite” ? »
đ€ Et ma rĂ©ponse :
Parce que je ne suis pas parfaite. Ou peut-ĂȘtre parce que j'ai appris Ă ĂȘtre parfaite dans mon imperfection. Mais ce n'est pas de cette imperfection-lĂ que l'on parle. C'est de l'autre, celle qui transpire l'abandon, la violence, sourde et lourde. On attend d'une victime qu'elle pleure et qu'elle s'effondre. Moi, j'arrivais avec des dates, des piĂšces et les articles de loi, trop calme et trop verticale. On me l'a reprochĂ©, mais aujourd'hui j'en suis fiĂšre. Il n'existe pas de victime parfaite. Il existe des femmes qui mĂ©ritent d'ĂȘtre crues, quelle que soit leur façon de tenir debout. Mon livre est fait pour mes co-rĂ©silients, pour
ceux qui les écoutent, les entendent, et pour ceux qui veulent essayer de comprendre le fonctionnement d'un cerveau effracté.
đ PrĂ©sentation du livre
Deux mariages, deux hommes, la mĂȘme violence. Puis une nuit d'automne, une porte de brigade poussĂ©e pour demander de l'aide, et une autre Ă©preuve qui commence : celle des institutions censĂ©es protĂ©ger. Pendant dix ans, Aude consigne tout. Elle est trop prĂ©cise,
trop calme, trop debout pour ĂȘtre une victime « parfaite ». De cette archive vivante naĂźt le
témoignage d'une femme qui a refusé de disparaßtre. C'est aussi une alerte bienveillante
adressée à tous ceux qui accueillent, écoutent et jugent les victimes.
đ Disponible sur Amazon, en ebook et en brochĂ©.
đ Ă LIRE ET FAIRE LIRE
✍️ Je conseille vivement cet ouvrage qui Ă©voque de façon magistrale les violences conjugales & sexuelles, et la mise en place d'un engrenage trop souvent inĂ©luctable vers des idĂ©es suicidaires.
Nora ANSELL-SALLES LEGRAND

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