REFLEXION DE COMBAT : Carte blanche à Me Habiba Touré
Me Habiba Touré
🖊J’ai écouté le nouveau Président de l’Assemblée Nationale sénégalaise, Ousmane SONKO.
Et une phrase m’a particulièrement frappée : « La morale politique n’est pas une décoration destinée aux discours de campagne. Elle est la condition de survie des nations ».
Cette phrase dépasse le Sénégal.
Elle interpelle toute l’Afrique.
Depuis trop longtemps, certains pensent que le pouvoir se transmet comme un héritage familial ou un arrangement entre élites. Non. Le pouvoir ne se transmet pas. Il se conquiert par le combat, par les convictions, par la capacité à convaincre un peuple.
L’Histoire nous enseigne une vérité simple : la jeunesse biologique n’a jamais garanti ni la compétence, ni la vision, ni la grandeur.
Mandela est arrivé au pouvoir à 76 ans. Hitler avait 45 ans. Mussolini, 39 ans.
Le vrai sujet n’est donc pas l’âge.
Le vrai sujet, c’est le courage politique.
C’est la fidélité aux principes.
C’est la capacité à résister à la compromission.
Un peuple suit les femmes et les hommes qui incarnent quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes : une constance, une dignité, une résilience.
Aucun acquis démocratique n’a jamais été obtenu dans la mendicité politique, le silence ou la soumission. Chaque liberté conquise l’a été parce que des femmes et des hommes ont accepté
de lutter.
Le combat finit toujours par payer.
Mais encore faut-il accepter de combattre sans garantie personnelle de récompense.
Car ceux qui entrent en politique pour un poste finissent toujours par négocier leurs
convictions.
Ceux qui combattent pour un peuple deviennent, eux, impossibles à acheter.
L’expérience sénégalaise rappelle aussi les limites du fameux « plan B » que certains
présentaient ailleurs comme une solution miracle.
Le plan B consiste souvent à tenter de contourner une injustice par une stratégie qui porte malheureusement en elle les germes de la rivalité, de la frustration et parfois même de la trahison.
Car lorsqu’un combat cesse d’être centré sur des principes pour devenir une question de
succession ou de positionnement, les ambitions personnelles finissent souvent par prendre le pas sur l’objectif collectif.
Le plan B crée presque toujours une dualité silencieuse : entre celui qui incarne
historiquement le combat, et celui qui finit, malgré lui ou non, par apparaître comme une alternative.
Et là où naît l’idée d’alternative, naissent aussi les calculs, les divisions et les fidélités fragiles.
Refuser une injustice, surtout lorsqu’il n’existe plus véritablement d’État de droit, ce n’est pas du fanatisme.
C’est du réalisme.
Le fanatisme consiste à suivre aveuglément un homme.
Le réalisme consiste à comprendre qu’accepter une injustice aujourd’hui, c’est préparer des injustices encore plus graves demain.
Lorsqu’un peuple commence à considérer l’arbitraire comme normal, il ne perd pas seulement ses droits. Il perd progressivement sa liberté de penser, de contester et d’espérer.
Résister à l’injustice n’est donc pas un excès.
C’est une nécessité démocratique.
Aucune stratégie ne peut remplacer durablement le lien direct entre un leader, un peuple et un combat politique assumé jusqu’au bout.
Et lorsqu’un peuple cesse de croire en la parole publique, ce ne sont pas seulement les politiciens qui tombent. Ce sont les institutions elles-mêmes qui vacillent.
Voilà pourquoi la morale politique doit redevenir une exigence.
Pas un slogan.
Pas une posture.
Une exigence.
Me HabibaTouré
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