A rajouter
Mon dernier terrain de rencontre avec Catherine est celui de l’histoire urbaine. S’appuyant sur
les travaux disponibles tant sur la période précoloniale, coloniale que postcoloniale, elle propose
une lecture de l’histoire urbaine qui prête attention aux différents rythmes, temporalités et
interpénétrations d’histoires anciennes remixées par les défis du présent. Elle prête, en particulier,
une très grande attention au travail sur les récits, les conflits, les nouvelles habitudes, les
solidarités et les ressources des acteurs, pour présenter la ville comme le lieu par excellence de la
compétition. Elle rend compte avec minutie d’une histoire de la ville qui signale qu’elle n’est pas
étrangère à l’Africain. Les manifestations les plus significatives de l’engagement, de
l’appropriation et de la domestication africaine de la ville, elle la retrouve dans l’occupation de
l’espace, les activités économiques, sociales et culturelles et la confrontation, directe ou indirecte,
avec les logiques administratives du contrôle social et sanitaire et les règles de socialisation qui
imposent un itinéraire d’assimilation (la politique française) ou d’exclusion de la culture et de la
société urbaine (pale of settlement britannique et l’apartheid sud-africain). Elle ne perd jamais de
vue les innovations et réaménagements des ressources culturelles et sociales de l’histoire africaine
dans un espace urbain qui favorise les recréations. Elle montre avec une grande vivacité,
comment les opportunités offertes par la ville ont été saisies avec une extraordinaire voracité par
les Africains et les Africaines. Cet appétit, on le retrouve, en particulier, dans la musique, le sport,
le souci du corps et de l’esprit – singulièrement dans les expressions religieuses et politiques - les
arts visuels et plastiques, les conduites délinquantes qui sont les pistes que j’ai commencé à
défricher à la suite de Catherine. La ville se présente, simultanément, comme un espace
d’émancipation propice aux changements pour les cadets sociaux et les subalternes, mais aussi un
espace privilégié de l’affichage de l’autorité et de sa contestation. Au-delà des incertitudes
sémantiques et d’une identification précise de la tranche d’âge recouverte, la domination du
segment « jeune » est une variable motrice de la démographie urbaine. Cette situation établit le
conflit générationnel comme l’une des forces les plus dynamiques et les plus persistantes de
l’histoire africaine pour l’accès au pouvoir, aux femmes et à l’autorité rituelle. L’Islam, le
christianisme et l’urbanisation consécutive à la domination coloniale ont rendu les querelles
générationnelles et de genre encore plus effectives, en les alimentant par la création de nouvelles
opportunités et de nouvelles contraintes idéologiques et matérielles. Les mutations religieuses et
urbaines ont entrainé l’affaiblissement du contrôle des « anciens » sur les « jeunes » et les femmes,
l’émergence de nouveaux leaders et de nouvelles formules associatives.
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