Sera-t-il possible de voir grâce aux sons demain ?
Alors que près de 1,7 million de personnes vivent avec une déficience visuelle en France – au moins 2,2 milliards dans le monde – chiffres qui ne cessent d’augmenter- la restauration de la vision demeure l’un des grands défis médicaux contemporains.
Si les avancées scientifiques permettent aujourd’hui d'envisager de ralentir la progression de nombreuses maladies de la vision, la restaurer après perte de fonction, même partiellement, reste un défi de recherche majeur, d’autant que la science ne répond pas encore complètement à une question pourtant fondamentale :
🤔 comment voyons-nous réellement ?
Dans ce contexte, l'Institut de la Vision poursuit l’exploration de nouvelles voies thérapeutiques.
Après avoir contribué à amener en clinique l’implant rétinien PRIMA et la thérapie optogénique, ses chercheurs développent désormais une approche inédite : utiliser les ultrasons pour recréer une perception visuelle, en stimulant directement les cellules de la rétine ou du cerveau. Deux stratégies sont actuellement à l’étude : l’implant photoacoustique et la thérapie sonogénétique.
La perte de la vue : un enjeu de santé publique mondial
👉 En France, 1,7 million de personnes sont atteintes d’un trouble de la vision, soit 2,9% de la population
👉 D’ici 2050, près d’une personne sur deux dans le monde pourrait être myope.
👉Parmi les principales pathologies : la DMLA, responsable d'environ 8 millions de cas de déficience visuelle sévère ou de cécité dans le monde ; le glaucome, responsable d'environ 7,7 millions de cas de cécité ou de déficience visuelle sévère.
Voir : une fonction plus complexe qu’un simple regard
Souvent comparé à une caméra numérique, l’œil humain est en réalité un système biologique extrêmement sophistiqué. Les signaux visuels captés par la rétine sont transformés, triés et décomposés en une multitude d’informations liées aux mouvements, aux contrastes, aux couleurs ou aux formes avant d’être reconstruits dans le cerveau, au niveau du cortex visuel.
Cette complexité explique pourquoi restaurer la vision constitue un défi scientifique majeur.
À l’Institut de la Vision, les chercheurs modélisent notamment grâce à l’intelligence artificielle les circuits neuronaux impliqués dans la vision afin de mieux comprendre comment le cerveau construit notre perception du monde.
Cette connaissance est essentielle pour imaginer les futures générations de systèmes de vision artificielle destinés aux patients malvoyants ou aveugles.
D’une onde à l’autre : quand le son devient image
Pour dépasser les limites des approches actuelles, les chercheurs de l’Institut de la Vision explorent une voie nouvelle : passer de la lumière aux ultrasons. Les ultrasons possèdent une propriété particulièrement intéressante : ils traversent efficacement les tissus biologiques tout en conservant une grande précision spatiale. Utilisés quotidiennement dans l’imagerie médicale, ils pourraient demain permettre non plus seulement de « lire » des informations biologiques, mais également de les transmettre.
Ces travaux ont conduit au développement de deux approches innovantes.
👉 L’implant photoacoustique
Cet implant sous-rétinien expérimental convertit la lumière en ultrasons afin de stimuler mécaniquement les neurones de la rétine encore fonctionnels
Cette technologie pourrait à terme :
- améliorer la résolution des implants actuels ;
- couvrir une surface visuelle plus importante ;
- s’adresser à des maladies dégénératives de la rétine telles que la DMLA ou certaines rétinopathies pigmentaires.
👉 La thérapie sonogénétique
Plus disruptive encore, cette approche vise à projeter directement une image ultrasonore dans le cerveau après avoir rendu certains neurones sensibles aux ultrasons grâce à une thérapie génique.
L’objectif : contourner le nerf optique lorsqu’il est défaillant, ouvrant ainsi une perspective pour certaines pathologies aujourd’hui sans solution, comme des neuropathies optiques et le glaucome avancé.
Une rupture aux frontières de la sciences fiction
🖋"Devant la très grande résolution de l’imagerie fonctionnelle ultrasonore du cerveau, il semblait réaliste de faire l’inverse, c’est-à-dire de projeter des images ultrasonores dans le cerveau avec une très bonne résolution spatiale." -
Menés avec de nombreux partenaires académiques et industriels, ces travaux ouvrent la voie à une nouvelle génération d’interfaces cerveau-machine capables de transformer des signaux acoustiques en perception visuelle.
Ces nouvelles approches ne visent pas à recréer une vision identique à celle d’origine ni à « augmenter » les capacités humaines. L’objectif est de re-donner une vision fonctionnelle, susceptible d’apporter aux patients une perception suffisante pour : détecter des objets ; se déplacer plus facilement ; retrouver une partie de leur autonomie.
Pour des millions de personnes aujourd’hui sans solution thérapeutique, cette perspective représente une avancée majeure.
À propos de l’Institut de la Vision
L’Institut de la Vision est un centre de recherche fondamentale et appliquée dédié au système visuel et à ses pathologies. Sur son campus parisien, près de 300 chercheurs, médecins et ingénieurs explorent les mécanismes de la vision afin de faire émerger des découvertes scientifiques de rupture et accélérer le développement de solutions thérapeutiques innovantes. À l’approche de son 20ᵉ anniversaire, l’Institut de la Vision illustre la maturité de son modèle translationnel, avec plusieurs succès majeurs tels que l’implant PRIMA, les thérapies géniques et l’optogénétique. L’ensemble des activités et projets de l’Institut de la Vision sont coordonnés par la Fondation Institut de la Vision au sein de l’IHU FOReSIGHTpour la vision, en lien avec ses trois organismes de tutelle : Sorbonne Université, l’Inserm et le CNRS.
Pour en savoir plus : https://www.institut-vision.org

Commentaires
Enregistrer un commentaire