Tatouage & détatouage ce qui faut savoir... par le Dr Vladimir Mitz
Le tatoueur au secours du chirurgien esthétique
Les chirurgiens esthétiques ont commencé à penser au tatoueur dans 2 circonstances bien
différentes.
Je me souviens de 2 anecdotes particulières :
1) Chez les patientes qui avaient été opérés d'un cancer du sein et reconstruites en volume par la mise en place d'une prothèse, ou de lambeaux particuliers., Certaines ont demandé aussi une reconstruction de l'aréole et du mamelon. Nous avions des techniques
chirurgicales assez sophistiquées, mais qui imposent des greffes cutanées : or les patientes
souhaitaient une amélioration plus discrète ;
Nous connaissions de réputation, dans les années 2000, le très célèbre tatoueur Bruno à Pigalle; il nous épatait par la qualité des aréoles qu'il était capable de simuler par un simple
tatouage avec une véritable astuce qui donnait une impression de 3è dimension.
2) Des soldats qui avaient été blessés et brûlés au niveau du visage, notamment au cours
de la guerre du Kippour, demandent une correction esthétique des zones qui restaient
glabres au niveau de leur visage greffé.
Plutôt que de faire des greffes de cheveux, les tatoueurs astucieux et habiles ont crée des tatouages avec des points noirs imitant les racines des poils de la barbe Ce qui rendait la
blessure résiduelle ou la brûlure quasiment indétectable.
Quelle est la place du tatoueur aujourd'hui en chirurgie réparatrice et esthétique ?
De nos jours, on trouve des tatoueurs à tous les coins de rue et un certain nombre d'entre
eux ont les capacités techniques de pouvoir effectuer des tatouages qui peuvent cacher des
cicatrices blanches, distendues ou inacceptables ; par exemple, de mettre en place des
fleurs dans une cicatrice d’abdominoplastie qui s'est élargie.
D'autres artistes tatoueurs sont capables d'attirer l'attention sur un endroit du visage ou du corps de façon à focaliser le regard de l'observateur afin de rendre un peu moins visible de déformation, ou de dyschromies.
Les tatoueurs se sont un peu spécialisés : ceux qui font bien les sourcils, ou qui refont le bord des lèvres qui s'affaissent avec le temps. Il y a aussi ceux qui impriment des taches de
rousseur chez des patientes qui le souhaitent. La virtuosité de certains tatoueurs est
exceptionnelle ; et il y a de nombreuses émissions télévisées où l'on peut observer le travail incroyable et artistique de leurs tatouages.
Certaines patientes qui présentent du vitiligo ont également bénéficié de tatouages, qui
permettent de masquer les aires blanchâtres qui trahissent la maladie, en retrouvant l’exacte
couleur des téguments d’alentour. Encore faut-il que ces surfaces à tatouer ne soient pas trop étendues.
Toutefois, l'utilisation des encres spécifiques pour tatouer et les techniques qui consistent à
percer l'épiderme pour implanter les pigments comporte une certaine part de risques d'infection ou de malfaçon. C'est pourquoi il s'est créé une véritable sous spécialité chez les
tatoueurs paramédicaux.
Un certain nombre de tatoueurs travaillent en auto -entrepreneur et d'autres travaillent dans des établissements de santé. La reconstruction aréolaire par tatouage après cancer du sein
est devenue une véritable sous-spécialité, même parmi les tatoueurs.
Quels sont les pigments utilisés par les tatoueurs. Et quel est leur danger ?
🔺️Composition des encres
Les encres de tatouage ne sont pas de simples colorants ; ce sont des mélanges complexes
de pigments (pour la couleur) et de véhicules (liquides de transport). Les pigments sont
souvent des sels métalliques (oxyde de fer, cadmium, cobalt) ou des molécules organiques
de synthèse. Le véhicule, quant à lui, contient généralement de l'eau purifiée, de la
glycérine, de l'alcool ou de l'hamamélis pour maintenir la stérilité et faciliter l'insertion sous la
peau.
🔺️Risques immédiats et infectieux
L'introduction de l'encre brise la barrière cutanée, créant une porte d'entrée pour les
pathogènes. Le risque principal est l'infection bactérienne (staphylocoques, streptocoques)
si les conditions d'hygiène sont insuffisantes. Plus rarement, des virus comme l'hépatite B, C ou le VIH peuvent être transmis par du matériel souillé.
🔺️On observe également des réactions
inflammatoires aiguës normales, mais qui peuvent dégénérer en œdèmes persistants.
🔺️Complications dermatologiques et allergiques
Le corps peut rejeter certains composants, provoquant des réactions allergiques (souvent liées au rouge, riche en mercure ou dérivés organiques).
Ces allergies peuvent apparaître
des années après le tatouage .
Des pathologies plus lourdes peuvent survenir :
● Granulomes : Petites bosses dues à une réaction inflammatoire chronique contre le
pigment.
● Lichen plan ou Psoriasis : Le tatouage peut déclencher ces maladies via le
"phénomène de Koebner".
Risques à long terme et toxicité
La préoccupation majeure actuelle concerne la migration des nanoparticules. Les pigments
ne restent pas tous au point d'injection ; ils voyagent via la lymphe jusqu'aux ganglions
lymphatiques, qui peuvent se colorer et s'hypertrophier.
Certaines encres contiennent des amines aromatiques cancérogènes ou des métaux lourds
toxiques. Bien que le lien direct avec le cancer ne soit pas encore formellement prouvé chez
l'humain, la présence de ces substances soulève des inquiétudes toxicologiques majeures,
menant à des réglementations européennes de plus en plus strictes (REACH).
🟥 Note : Avant tout tatouage, vérifiez que l'artiste utilise des encres conformes aux normes en vigueur et informez-le de vos antécédents allergiques.
Qu'en est-il du détatouage ?
J'ai rencontré des cas où le détatouage était absolument nécessaire chez des patients qui
avaient fait de la prison et qui avaient une sorte de ligne de tatouage descendaint vers le
bas au coin des yeux. D'autres avaient des tatouages au dos des mains avec un sens très particulier compréhensible seulement par d'autres prisonniers. Ce n'était pas si simple d'effacer ces stigmates, mais avec un peu d'expérience et la pratique des lambeaux
cutanés, cela a été possible d’'enlever ces tatouages chirurgicalement.
Actuellement, le détatouage se fait essentiellement en utilisant des lasers dont le rayon
lumineux surpuissant va brûler les pigments en profondeur. Ces pigments seront vaporisés
et sont éliminés par nos cellules qui font le ménage. Le seul petit risque est la brûlure cutanée intempestive, ou la décoloration de la peau qui peut rester définitive.
Le détatouage chirurgical est encore à l'ordre du jour dans certains cas, mais les cicatrices
résiduelles peuvent être insupportables ; elles font regretter l'acte chirurgical à certains patients.
En général, les pigments s’affadissent avec le temps. Il est donc nécessaire de refaire un tatouage après quelques années si le patient souhaite conserver ses signes
d'embellissement de son apparence. Mais un certain nombre de patients qui étaient tatoués dans la jeunesse ont abandonné cette idée parce qu'ils sont devenus non pas de vieillards, mais des adultes, qui vivent dans un monde où ils ne veulent pas être reconnus comme
marginaux, car c'est un petit risque de paraître trop original que de porter des tatouages très visibles...
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À propos
du Dr Vladimir Mitz :
Propos recueillis par Nora ANSELL-SALLES LEGRAND
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