🇨🇮 Côte d’Ivoire : Entre mirages d'une croissance hors-sol & impératif de la souveraineté... Le regard de Michel GBAGBO

🇨🇮 Côte d'Ivoire – PND 2026-2030 : 

Abidjan, le 23 juillet 2026

Alors que le gouvernement ivoirien déploie son nouveau Plan National de 
Développement (PND 2026-2030) sur fond d'indicateurs macroéconomiques flatteurs, l'examen minutieux des réalités du pays révèle un profond décalage. Entre 
extraversion financière, décentralisation en trompe-l'œil et fractures sociales béantes, ce plan consacre l'essoufflement d'un modèle technocratique souffrant d’un manque de ressources humaines. Face au mythe persistant d’un ruissellement économique 
censé advenir après l’« émergence », une alternative social-démocrate, panafricaine et 
souverainiste rappelle une vérité première : il n'est de richesse durable que celle qui profite au plus grand nombre.


🟩 Introduction : Le grand écart de l'émergence

À première vue, la trajectoire de la Côte d’Ivoire impose le respect. Moteur 
économique de l’Afrique de l’Ouest, carrefour logistique stratégique, le pays affiche depuis plus d'une décennie des taux de croissance oscillant entre 6 % et 8 %. 
Modernisation des infrastructures, dynamisme démographique et ambitions affichées 
du nouveau Plan National de Développement (PND 2026-2030) dessinent le portrait 
d’une nation en mouvement. 

Pourtant, à l’épreuve des faits, cette façade étincelante dissimule des fragilités 
structurelles abyssales. En politique comme en économie, les chiffres officiels ne 
sauraient tenir lieu de boussole sociale. Derrière l'euphorie des grands équilibres 
macroéconomiques se cache une réalité têtue : celle d'une croissance sans 
redistribution, qui s'accumule au sommet tandis que le corps social s'enfonce dans la 
précarité. À force de confondre expansion statistique et développement humain, le 
technicien finit par perdre de vue le citoyen. 


🟩 I. Le mirage de l'extraversion financière et de la croissance sans partage

Le péché originel du PND 2026-2030 réside dans sa structure de financement 
même. Estimé à 114 838 milliards de FCFA, le plan s'en remet massivement aux investissements privés et aux capitaux extérieurs (espérés à hauteur de 60 %) pour 
propulser sa dynamique. Mais l’expérience internationale montre que la privatisation, 
la perte du contrôle du portefeuille de l’État et les placements boursiers ne sont en rien une panacée. Un afflux de capitaux ne garantit ni transfert de technologie, ni 
industrialisation locale, ni montée en compétence de la main-d’œuvre, ni 
redistribution équitable, ni maintien sur place des bénéfices engrangés : tout dépend 
des conditions réelles et souveraines négociées par l’État. Un pays ne saurait bâtir son destin sur la seule « bancabilité » de ses projets dictée par des bailleurs de fonds ou des investisseurs internationaux en quête de rentabilité immédiate.

Cette extraversion économique se double d'une contradiction interne majeure. 
L’économie ivoirienne demeure dramatiquement tributaire de l’exportation de ses 1
matières premières brutes (cacao, anacarde, coton), prisonnière de fluctuations 
internationales d'une brutalité inouïe qui dictent son sort. L'exemple du cacao est à cet égard révélateur : en 2024, les cours mondiaux ont atteint des sommets historiques 
frôlant les 12 000 dollars la tonne, avant de retomber sous les 5 000 dollars en 2026. 
En deux ans, une telle chute rappelle une vérité simple : lorsque la richesse nationale dépend d’un marché mondial aussi instable, la prospérité reste une illusion précaire.

Cette vulnérabilité est d’autant plus préoccupante que la misère se généralisant, les taux de pauvreté ne sont plus affichés depuis trois années. Pis, les 
projections officielles, par trop optimistes, intègrent insuffisamment les chocs exogènes permanents. Les variations des cours agricoles, les hausses du pétrole 
planant entre 90 et 100 dollars le baril, les tensions géopolitiques, les perturbations 
logistiques ou le ralentissement mondial sont purement et simplement ignorés! Les crises récentes au Moyen-Orient l'ont assez rappelé : le renchérissement du brut se répercute immédiatement sur les coûts de transport, l'inflation importée et le pouvoir d'achat des ménages.

À cela s'ajoute le nœud gordien du financement et de la dette publique, qui 
approche désormais les 34 000 milliards de FCFA, avec une progression de près de 70 % en quatre ans. Certes, les autorités rappellent volontiers que ce volume se situe 
encore en deçà du plafond des 70 % du PIB fixé par l'UEMOA. Certes, les échéances 
sont honorées. Mais à ce rythme, et avec une exposition aussi soutenue aux variations des marchés et des devises, le pays avance sur le fil du rasoir. Le service de la dette absorbe déjà 26 % du budget national : mathématiquement, plus la dette augmente, plus les marges budgétaires indispensables pour investir dans l'école, la santé, la sécurité ou l'emploi se réduisent comme peau de chagrin.

Quant à la promesse d'un ruissellement magique, cette théorie libérale 
utopique voulant que l'enrichissement des élites et des multinationales finisse par irriguer le corps social, elle relève de l'imposture politique. Le ruissellement ne vient jamais. La cherté de la vie, la persistance d'un secteur informel massif et l'asphyxie 
quotidienne des ménages modestes témoignent implacablement d'une richesse 
nationale captée par une infime minorité, une caste abritée derrière la force militaire, pendant que la transformation locale des matières premières piétine et que le tissu productif local peine à s'émanciper. 

Cette déconnexion flagrante entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité des paniers de la ménagère ne relève pas d'une fatalité économique, mais d'un choix politique délibéré. L'économie de rente, érigée en système de gouvernance, a 
fini par scléroser toute velléité d'innovation entrepreneuriale. Pour le commerçant de détail ou le petit exploitant agricole, le parcours du combattant commence dès l'accès au crédit, verrouillé par des institutions financières qui préfèrent financer les importations massives contrôlées par les tenants du pouvoir plutôt que de soutenir les unités de transformation locales. Cette préférence pour l'import-export, moins risquée 
et plus lucrative pour l'élite, condamne le pays à exporter ses ressources brutes à bas prix pour racheter ensuite des produits finis dont les coûts logistiques et douaniers sont systématiquement répercutés sur le consommateur final.

En synthèse, le calme qui prévaut actuellement en Côte d'Ivoire ne saurait être confondu avec la « paix » ; il s'agit d'une simple contention. La croissance dit-on 1
pudiquement, souffre d’un manque d’élasticité, synonyme en réalité de pauvreté et de 
misère.

Pour preuve, malgré les performances affichées, la réduction de la pauvreté stagne à moins de 1 % par an sur les quatorze dernières années. Une frange considérable de la population, estimée à 40 %, continue d'évoluer dans l'informel ou 
l'agriculture de subsistance, en deçà du seuil de pauvreté. Cette situation trahit une concentration sectorielle des bénéfices et l'échec avéré de ce fameux ruissellement 
économique. 

Au fond, les décideurs opèrent des choix stériles, et font preuve d'un cruel 
manque d'imagination, se contentant de faire tourner la roue de la dette (emprunter 
pour rembourser pour emprunter à nouveau). Pendant ce temps, un problème 
fondamental est effacé des débats publics : il y a un vertige éthique et politique à voir 
des dirigeants engager des populations qui n'ont jamais approuvé, par la voie démocratique, le fardeau d'une dette colossale qu'elles devront pourtant rembourser à terme.


🟩 ll. Les angles morts de la République : Territoires, école et exode des  
compétences

L'analyse transversale des politiques publiques révèle un manque patent de créativité face à des problématiques structurelles que l'on aborde toujours par le petit bout de la lorgnette bureaucratique.

La décentralisation en trompe-l’œil : Sur le papier, les compétences sont 
transférées aux collectivités territoriales. Dans les faits, le « nerf de la guerre », la manne financière, reste confiné au sommet. Privées de ressources propres, pénalisées 
par un déficit de personnel qualifié et des chevauchements institutionnels kafkaïens entre ministres gouverneurs, préfets, gouverneurs de région et maires, les collectivités locales assistent, impuissantes, au creusement des disparités territoriales. Cette 
fracture géographique se cristallise autour de l'enclavement des zones de production et de la vétusté des infrastructures périphériques. Faute de budgets autonomes, les élus 
sont réduits au rôle de simples animateurs de shows publics (avec distribution de riz 
aux militants) et solliciteurs d'un pouvoir central versant les fonds au compte-gouttes. 
Ce système de dépendance sclérose toute initiative de développement endogène, 
intensifiant un exode rural qui s'en va grossir les quartiers précaires de la métropole.

La faillite larvée de l’école, de la recherche et des talents : Le système éducatif et universitaire, malgré la bonne volonté de sa jeunesse, ploie sous le poids de classes surchargées, d'inégalités régionales et d'un sous-financement chronique. 
L'inadéquation entre les formations et le marché du travail alimente un chômage 
endémique. En l'absence de réformes structurelles, ce dividende démographique se 
transforme en fardeau social. L'exode des cerveaux qui en découle constitue une 
hémorragie intellectuelle majeure : qu'ils partent par voie maritime illégale ou qu'il s'agisse de diplômés bien nés formés à grands frais hors du pays par l'argent du contribuable (et qui hésitent ensuite à revenir faute de perspectives locales), le pays 
perd ses forces vives. Cette fuite prive la nation de cadres indispensables tout en consacrant une fracture cruelle entre les enfants des « debouts » et la masse des « couchés », des « piqués », condamnés à une survie précaire dans un système qui ne 1
leur offre plus aucune ascension sociale verticale réelle. Une telle situation appauvrit 
surtout le débat public. Et pour cause : à quoi bon débattre quand la prison demeure la seule réplique à la critique ? Le silence imposé par la peur devient alors le rempart 
ultime d'un pouvoir aux abois.


🟩 III. Le volet social et sanitaire : paix de façade et épreuve de survie

Cette fracture sociale est exacerbée par de profondes vulnérabilités sanitaires et infrastructurelles. La concentration excessive des structures « de pointe » à Abidjan crée des déserts médicaux béants à l'intérieur du pays, transformant l'accès aux soins 
en un luxe inaccessible. Dès les portes de la capitale franchies, c'est le règne d'une «débrouille » généralisée ; au cœur même de la métropole, la modernisation urbaine s'opère par la brutalité de «gentrifications par éviction » (les fameux «déguerpissements ») qui se contentent de déplacer de manière inique et brutale la pauvreté au profit d'une esthétique de façade.

Pour trop de ménages, vivre est devenu un arbitrage tragique au quotidien: 
faut-il se nourrir, se soigner ou scolariser ses enfants ? Les carences en eau, en 
électricité et en structures sanitaires de proximité ne sont pas de simples incidents techniques, ce sont des blessures infligées à la vie. Dans les hôpitaux du pays, le 
délabrement des plateaux techniques transforme de simples actes (comme un 
accouchement ou une appendicectomie) en situations critiques, obligeant les familles à s'endetter lourdement pour trouver une clinique privée. En ville, les délestages imprévisibles compromettent la chaîne du froid des médicaments et paralysent l'activité, tandis que la Couverture Maladie Universelle (CMU), tout en ponctionnant 
inutilement les travailleurs, se heurte à des barrières financières d'accès qui excluent les plus vulnérables.

En persistant à ignorer ces réalités pour privilégier des investissements de 
prestige au détriment des services de base, le pouvoir creuse un fossé de désaffiliation 
civique. Ignorer le corps social et la détresse de la population, c'est s'exposer à un 
risque permanent d'instabilité, aussi préjudiciable à la dignité des citoyens qu'au climat des affaires.


🟩 IV. L'impératif démocratique et sécuritaire : le ciment de la concorde

Aucun plan de développement ne saurait prospérer sur un terrain politique 
fissuré. La stabilité institutionnelle de la Côte d'Ivoire, si volontiers brandie par les observateurs extérieurs, relève pour une large part de l'illusion d'optique. Elle tient paradoxalement à la retenue d’une opposition républicaine qui s'interdit les voies de 
l'insurrection pour accéder au pouvoir. Derrière cette façade d'apaisement se dessine pourtant une réalité plus préoccupante : l'installation progressive et méthodique d'une 
monopolisation de l'espace politique, aux relents régionalistes persistants.

Le retour de fait à une hégémonie comparable à celle d'un parti unique, 
adossée à un triptyque coercitif, police, justice et incarcération, constitue une 
régression majeure. La compétition électorale tend ainsi de manière cyclique à se réduire à une épreuve de force policière : manifestations proscrites, violences 
localisées, recours à des supplétifs armés, vagues d'exils et arrestations en série. La judiciarisation de la vie politique, illustrée par la détention de près de 2 000 1
prisonniers d'opinion au seuil d'un quatrième mandat jugé anticonstitutionnel par nous, incluant des figures vulnérables comme des femmes enceintes et des mineurs, rompt le pacte social et ravive les fantômes de la crise post-électorale de 2011.

Cette fermeture institutionnelle annonce-t-elle une poudrière ? Le verrouillage 
politique observé dans l'ensemble de l'espace ouest-africain rappelle une constante historique : là où les urnes perdent leur vertu d'alternance pacifique, la contestation 
finit par emprunter les voies incontrôlables de la rue ou des casernes. La stabilité dont 
se prévaut le pouvoir est administrative, non démocratique. En étouffant le pluralisme et en s'appuyant sur une régence affaiblie par le clientélisme, on n'efface pas la 
dissension ; on la radicalise, nourrie par l'épuisement civique des populations. Quel vertige éthique, enfin, que de voir, là encore, engager l'avenir des jeunes générations 
sur la voie d'une fracture communautaire qu'elles n'ont jamais validée et dont elles 
devront solder les comptes.

Sur le flanc géostratégique, cette fragilité intérieure résonne tragiquement aux 
frontières. La porosité des limites territoriales au nord, la progression de la menace sahélienne et la prolifération d'économies criminelles (à l'instar de l'orpaillage 
clandestin et des trafics connexes), ne sauraient trouver de réponse exclusivement 
sécuritaire. La défense d'une nation est indissociable de sa cohésion sociale : elle exige de relier indéfectiblement la souveraineté territoriale à l'investissement massif dans l'emploi des jeunes, l'éducation et l'égal accès aux services publics pour tous.

La stabilité du pays repose donc sur ce double pilier : une force de défense 
moderne, réactive et respectueuse des droits humains, couplée à une stratégie de 
développement territorial qui ne laisse aucun citoyen sur le bord du chemin, transformant ainsi la sécurité de tous en un bien pour chacun.


🟩 Conclusion

À l'heure où se dessine le visage de la Côte d'Ivoire pour la prochaine décennie, le contraste demeure saisissant entre l'ampleur des périls et la pauvreté des 
réponses officielles. Le Plan National de Développement (PND) apparaît à bien des égards comme un exercice hors sol : une simple addition de mesures technocratiques 
dictées par les oukases des instances financières internationales, sans commune mesure avec les aspérités du réel ni avec les exigences d'un environnement extérieur incertain. En s'entêtant à plaquer des schémas macroéconomiques abstraits sur un 
corps social fracturé, ce catalogue d'intentions ignore superbement les réalités du terrain et n'offre aucune garantie sérieuse pour la stabilité du milieu des affaires, 
durablement entravé par l'insécurité institutionnelle.

Face à cette fuite en avant, les promesses claironnées sur les écrans de la 
télévision nationale résonnent comme un mirage sans lendemain pour les populations 
urbaines et les masses paysannes. Les prétendues réformes brandies en vitrine, qu'il s'agisse d'une école publique exsangue, d'une couverture maladie aux contours 
inachevés ou d'une décentralisation vidée de sa substance financière, ne sont souvent que des modèles mal appliqués de la gauche républicaine, dévoyés par une gestion clientéliste. Les indicateurs macroéconomiques ne nourrissent pas les familles, et la 
soumission aux agendas extérieurs ne bâtit pas une nation. 1
Persister dans ces schémas éculés constitue dès lors une impasse historique. 
Les Ivoiriens méritent infiniment mieux que ce plan fumeux et incantatoire. C'est 
précisément pour répondre à cette urgence que l'alternative social-démocrate, 
panafricaine et souverainiste, à l'image du pacte social porté par le PPA-CI, s'impose 
comme une voie crédible, féconde et résolument citoyenne à explorer. Ce projet propose un changement de paradigme radical : rompre avec la 
politique de la résignation pour réaffirmer le rôle d'un État stratège, garant du bien-être général et de la justice redistributive. La maîtrise publique des filières clés, 
l'industrialisation endogène des matières premières, une décentralisation effective, la 
revalorisation de l'éducation et l'exigence démocratique ne relèvent pas du 
dogmatisme, mais des conditions absolues d'une émancipation véritable. Car l'avenir 
de la Côte d'Ivoire ne se gagnera pas dans la satisfaction silencieuse des marchés, et de quelques uns, mais dans la reconquête de sa souveraineté et dans la dignité 
partagée de son peuple.

Propos recueillis par Nora ANSELL-SALLES LEGRAND 

Commentaires

  1. Bonne réflexion cher camarade, le fils du père !

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  2. Merci beaucoup Honorable pour cet éclairage

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