Les cures thermales sont du soin : billet d'humeur du Dr Christophe Prudhomme
✍️ Dans la logique des recherches d’économies dans le budget de la Sécu, le gouvernement s’attaque de nouveau aux cures thermales dont certains de ses élus considèrent que sont des « vacances payées par la Sécu ».
Le premier élément du débat est celui de l’efficacité des cures. Les arguments mis en avant pour le déremboursement par la Sécu sont dans la logique d’une vision restrictive de la médecine, réduite à sa fonction technicienne en contradiction totale avec une approche globale du soin qui inclut le physique, le psychologique et le social. Dans le cas des affections chroniques, principalement rhumatologiques, bénéficiant des cures thermales, l’objectif n’est pas de guérir mais bien de soulager des souffrances dans toutes leurs composantes. Or, dans ce domaine les curistes reviennent de cure la plupart du temps en meilleure forme physique et avec un meilleur moral. Nous pouvons également pointer une contradiction dans la logique économique mise en avant. Elle pointe du doigt la surconsommation de médicaments en France. Or justement, un des objectifs des cures thermales est d’offrir un traitement non médicamenteux qui doit permettre également de consommer moins de produits pour soulager notamment les douleurs. Les cures thermales relèvent donc des soins et doivent être prises en charge par l’Assurance maladie.
Le deuxième élément est celui du coût. Il est d’environ 300 millions d’euros, soit 0,2% des dépenses de l’Assurance maladie. L’économie potentiellement générée est dérisoire. Qui plus est, elle risque d’être annulée par une augmentation des consultations, des examens et de la consommation de médicaments des malades qui renonceraient aux cures. Il faut insister par ailleurs sur le fait que les dépenses supportées par les curistes s’élèvent à plus de 75 % du coût total de la cure. A titre de comparaison, le coût pour la Sécu des soins lors d’une cure est à peu près équivalent au prix d’une IRM de la colonne vertébrale.
Le troisième élément le plus inquiétant au niveau politique est le pseudo-recul du gouvernement qui supprime la prise en charge par la Sécu et demande aux assurances maladie complémentaires d’assurer la relève. Cette proposition s’inscrit dans la politique d’atrophie de la Sécu et de transfert des remboursements vers les assurances. N’oublions pas que les capitalistes considèrent le secteur de la santé comme un marché dont il s’agit d’accaparer la plus grande part possible de ce qui peut être rentable.
Leur stratégie est claire et chaque année de nouveaux déremboursements sont actés pour aboutir à terme à une Sécu qui ne prendrait plus en charge, dans un système dégradé, que les soins lourds et non rentables pour tous ceux qui ne pourront plus se payer une assurance de haut niveau. Le coût des complémentaires a augmenté de 40 % en 10 ans. Si nous laissons chaque année s’accumuler les déremboursements et franchises diverses, nous aboutirons rapidement à des tarifs de complémentaires prohibitifs, en particulier pour les plus âgés qui sont justement ceux qui profitent aujourd’hui des cures thermales.
Dr Christophe Prudhomme
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