Nora ANSELL-SALLES

lundi 15 octobre 2012

Le progrès médical à la lumière de l’amélioration de la sécurité de l’angioplastie coronaire


Le progrès médical à la lumière de l’amélioration  de la sécurité  de l’angioplastie coronaire

Mots-clés : Angioplastie coronaire, progrès médical.

 

The medical progress according to the progress of coronary angioplasty safety

Key-words (index medicus) : Coronary Angioplasty. Medical Progress.

 

Jean-Philippe METZGER*

 

RESUME

 

La forte diminution des complications de la procédure d ’angioplastie coronaire constitue  un modèle permettant d’individualiser une typologie du progrès médical contemporain. Le progrès par rupture est dû à l’initiative individuelle. Le progrès incrémentiel est le produit d’améliorations ponctuelles et anonymes. Les deux formes de progrès sont complémentaires. Elles avaient été déjà décrites par Claude Bernard en 1864.

 

SUMMARY

 

Significant decrease of complications in the procedure of coronary angioplasty is a pattern that reveals a specific typology of contemporary medical progress. Breakthrough advance is induced by individual initiative whereas incremental progress is a result of occasional, one shot and anonymous improvements. Those two kinds of progress are complementary. They had already been described by Claude Bernard as early as 1864.

 

INTRODUCTION

…………

 

A la suite d’Andréas Gruentzig (1), en vingt cinq ans, une discipline médicale nouvelle, la Cardiologie Interventionnelle, est née ex nihilo, s’est développée et a démontré sa capacité à  fournir une prestation sûre et efficace dans un  domaine de Santé Publique essentiel, celui de la pathologie coronaire. Désormais, le concept de revascularisation myocardique repose sur deux techniques complémentaires, le pontage coronaire disponible depuis 1967 et l’angioplastie percutanée. A cette fin, de nombreux obstacles ont dû être surmontés, le principal étant l’occlusion coronaire aigue en cours de procédure, génératrice d’infarctus du myocarde  expérimental. La multiplicité de ces obstacles, leur caractère imprévisible au sein d’une entité thérapeutique entièrement nouvelle, autorisent  la description d’une typologie du progrès médical contemporain.

 

 

 

*Institut de Cardiologie, Hôpital Pitié-Salpêtrière, 47/83 Bd de l’Hôpital, 75013 PARIS

Tirés à part : Professeur Jean-Philippe METZGER, même adresse

 

 

 

 

 

Vaincre l’occlusion coronaire aigue

L’inflation d’un ballonnet endocoronaire destinée à réduire la masse de la plaque d’athérome obstructif réalise un  modèle expérimental susceptible de provoquer une occlusion coronaire aigue. L’arrêt du débit dans un tronc coronaire entraîne une douleur angineuse prolongée, un sus-décalage du segment ST à l’électrocardiogramme, avec troubles du rythme ventriculaire et un collapsus si le territoire myocardique concerné est important. Ces complications engagent le pronostic vital. Elles expliquent la nécessité de disposer au début de la technique d’angioplastie d’un stand-by chirurgical permettant un pontage en urgence. Le tableau (1) objective la gravité de cet  accident occlusif. Réalisé environ une fois sur deux, le pontage en urgence n’évite l’infarctus que dans moins de 50% des cas. La mortalité péri-opératoire y est élevée, atteignant environ 5%.

Eviter l’occlusion coronaire  aigue en cours d’angioplastie exige de comprendre son mécanisme. Celui-ci associe la dissection  coronaire avec « flap intimal » et la thrombose aigue.

La dissection est favorisée par le recours à de fortes pressions  d’inflation sur une sténose longue et éventuellement calcifiée. La lésion de bifurcation, l’occlusion coronaire chronique exposent particulièrement au phénomène. Une classification radiologique a été proposée au début des années 80 individualisant en particulier dissection spiroïde et dissection avec occlusion complète. Le traitement de cette dissection a d’abord fait appel  au ballon de perfusion autorisant une inflation endocoronaire prolongée, dans le but  de recoller les trois tuniques de l’artère. Cette technique a été rapidement supplantée par l’usage du stent. Car le déploiement de l’endoprothèse sur la fracture intimale est capable de restituer dans les meilleurs délais le flux coronaire. Mais l’endoprothèse permet en outre, par le « direct stenting », où la sténose est franchie par un stent  fixé sur le ballon en déflation, d’assurer la prévention de la dissection pariétale.

La thrombose est le second phénomène responsable d’occlusion coronaire aigue. Un thrombus endocoronaire refermant l’artère de façon itérative ou permanente est une éventualité banale en salle de cathétérisme  au début des années 80. La formation de ce thrombus est favorisée par le contexte général de syndrome coronaire aigu,  où le phénomène thrombotique préexiste au geste interventionnel, par la présence d’un diabète ou  d’une intoxication tabagique ou lorsque la fibrinémie est supérieure à 5g/l. Un résultat incomplet sur la lésion à traiter, une hypotension, peuvent également être en cause. L’amélioration de l’environnement pharmacologique a permis de limiter considérablement la thrombose coronaire en cours de procédure. Les progrès s’égrènent sur plus de vingt ans : 1986 héparine non fractionnée à fortes doses, 1987 prescription d’aspirine préalablement au geste, 1989 héparine de bas poids moléculaire, 2001 anti-agrégants plaquettaires de nouvelle génération  avec les anti GP2B3a et le Clopidogrel. L’étude Cure prouve sur plus de 2 600 patients l’efficacité de celui-ci (2) L’intérêt des doses élevées de Clopidogrel est démontré chez les patients résistants au traitement (3). 2009 voit l’apparition du Prasugrel. Parallèlement, l’agression endothéliale mécanique tend à se réduire avec l’usage de ballons de bas profil, de guides hydrophiles plus souples et avec l’apparition du système « monorail » en 1992. Ce système permet en cas d’occlusion aigue de maintenir la portion distale du guide en aval de la lésion ce qui permet son traitement sans recourir à un guide d’extension. Mais c’est

 

 

 

 

 

l’endoprothèse coronaire, le stent, qui va assurer le progrès le plus décisif. Aussi y a-t-il véritablement en Cardiologie Interventionnelle coronaire, une ère avant et une ère après le stent.

 

La révolution du stent

L’introduction de l’endoprothèse ou  stent par Jacques Puel et Ulrich Sigwart en 1987 (4) a le mérite de transformer l’angioplastie coronaire en une technique « prédictible ». Le stent  prévient la dissection par le « direct stenting », possible dans un cas sur deux.  Il la corrige si elle survient. Ultérieurement il réduit de 50% le taux de resténose, dont le chiffre est inférieur à 5% avec les stents à libération de  drogues anti-mitotiques. L’emploi du stent sera limité initialement par le risque de thrombose sub-aigue dans les heures suivant son implantation. Lutter contre cette  complication fait d’abord appel à l’augmentation des doses d’Héparine et d’anti-vitamines K, d’où des complications hémorragiques graves  au site de ponction artérielle fémorale.  Mais c’est à Paul Barragan, proposant l’administration d’une dose anti-agrégante simultanée d’Aspirine et de Ticlopidine que l’on doit la disparition de  la thrombose sub-aigue (5).  Publiée en 1996 dans le New England Journal of Medicine, l’étude de Schömig et collaborateurs (6) confirme la validité de l’intuition. Elle confère le sceau de la preuve randomisée aux données prometteuses des registres publiés antérieurement par les équipes françaises. Dés lors le recours au stent endocoronaire va se généraliser. Progressivement on osera l’utiliser dans le contexte  spontanément thrombotique de la phase aigue de l’infarctus comme le prouvent les études Admiral (7) et Cadillac (8). Celle-ci montre qu’assurer un résultat optimal en terme des surface  et donc de débit par un déploiement complet du stent est le facteur décisif  protégeant de la thrombose in situ. Ainsi le stent endocoronaire largement diffusé après 1992 permet-il de séparer deux périodes dans le développement de la revascularisation myocardique  percutanée avec réduction de moitié des évènements coronaires majeurs en cours de procédure interventionnelle  et disparition du pontage en urgence.

 

L’hypotension en cours d’angioplastie coronaire

Eventualité relativement fréquente durant la procédure, l’hypotension, détectée par le monitoring  continu de la pression sanglante, doit être immédiatement rapportée à sa cause et traitée car elle un est un facteur d’occlusion coronaire aigue. Outre l’hématome au point de ponction artériel fémoral, elle doit faire discuter quatre éventualités : l’occlusion aigue et le « no reflow », arrêt du flux coronaire sans lésion décelable à l’angiographie, affirmés par l’injection intra coronaire, la perforation coronaire avec tamponnade par l’échographie d’urgence, le syndrome vagal devant la nausée et la bradycardie, le choc allergique enfin. Celui-ci se manifeste par une urticaire, un érythème, le collapsus sans bradycardie. Evité par le traitement prophylactique il relève  de l’Adrénaline intra veineuse et sous cutanée associée aux corticoïdes intra veineux. Le rôle  d’un personnel infirmier entraîné à la détection et au traitement de ces complications  contribue de façon éminente à la sécurité de la procédure.

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, la contre-pulsion par ballonnet intra-aortique ou l’assistance circulatoire peuvent permettre une évolution favorable si l’hypotension  est dûe à une insuffisance ventriculaire aigue.

 

Les complications de la voie d’abord artérielle

La ponction artérielle fémorale a été le seul accès possible au réseau coronaire jusqu’en 1999. Elle expose à des complications potentiellement létales par hématome rétro péritonéal dans le contexte des traitements anti-coagulants et anti-agrégants actuels. Moins exceptionnelle la correction chirurgicale d’un faux anévrysme peut s’avérer nécessaire. C’est dire l’intérêt d’une alternative dans l’abord artériel. Introduite par Keimeneij en 1997 (9), la voie radiale est utilisée aujourd’hui dans 80% des cas. A l’ère des traitements anti-agrégants puissants, cet

abord artériel raréfie à l’extrême les complications hémorragiques et le faux anévrysme. L’ischémie de la main initialement redoutée est exceptionnelle du fait de la suppléance de l’artère cubitale. La voie radiale est aujourd’hui  utilisée systématiquement de première intention sauf chez les femmes de petite taille où le vaso spasme est fréquent et lorsqu’une procédure antérieure a entraîné la disparition du pouls. Elle permet l’accès artériel  dans le contexte d’un traitement anti-coagulant au long cours (10). Elle est en partie responsable de la diminution des hémorragies chez les patients  traités pour syndrome coronaire aigu (11).

 

Les complications de l’angioplastie selon les données du registre  Cardio-Arsif  2001-2010

La meilleure gestion prophylactique et thérapeutique des complications de l’angioplastie coronaire permet d’observer aujourd’hui des chiffres de mortalité en forte diminution. En 2010 dans le Registre de  l’Ile-de-France (ARSIF) consacré à la Cardiologie Interventionnelle, sur une cohorte de 24 300 angioplasties  coronaires les résultats en terme de mortalité sont les suivants. Dans la population à faible risque : 0,6%, dans le syndrome coronaire aigu avec sus-décalage de ST ou sans sus-décalage de ST à Troponine positive : 2,4%. Le choc cardiogénique   avec un chiffre de 49% constitue une entité à part. Ces chiffres témoignent du bon contrôle actuel des complications en cours de procédure. Les progrès nécessaires concernent  le bon choix entre stents nus et stents à  élution, ainsi que la généralisation de l’abord radial dans les derniers sites encore réticents à cette pratique.

 

 

Une typologie du progrès médical

La remarquable maîtrise des complications  de l’angioplastie coronaire  constitue, parmi d’autres, un archétype du progrès médical contemporain. La technique constitue une entité bien définie. Son risque initial était élevé, attesté par la forte incidence  de décès et d’infarctus obligeant à la réalisation de pontages en urgence dans un contexte de risque opératoire accru malgré le recours à la contre-pulsion. 

La multiplicité des mesures adoptées pour améliorer le succès et la sécurité de la prestation peut autoriser une réflexion sur une typologie du progrès médical. A la lumière des améliorations successives des vingt cinq dernières années il nous semble possible de  distinguer deux grandes formes de  progrès, le progrès par rupture et le progrès incrémentiel.

 

 

 

 

 

 

L’introduction du stent, le recours aux anti-agrégants ou l’approche artérielle par la voie radiale constituent un saut  radical  de la stratégie thérapeutique  réalisant une véritable rupture. Cette nouveauté relève de l’initiative individuelle d’un clinicien identifiable, tel que A. Gruentzig, J. Puel, P. Barragan, F. Keimeneij. Il aura fallu convaincre la communauté  des cardiologues interventionnels, initialement sceptique voire hostile.

La seconde forme du progrès se démarque nettement de la première. Le progrès incrémentiel ne saurait être rapporté à un individu isolé. Il respecte l’anonymat de ses acteurs et se définit par une multitude d’initiatives, dont la somme a un impact cumulatif positif sur le résultat. Recours aux héparines de bas poids moléculaires, identification immédiate  des causes d’un collapsus par une équipe entraînée, amélioration du matériel avec cathéter « soft tip »,  introduction des guides hydrophiles, abandon du système coaxial au profit du type monorail, amélioration des caractéristiques mécaniques des stents.

Les deux types de progrès sont complémentaires. Leur impact respectif sur les résultats de la technique interventionnelle est difficile à évaluer.

Il est remarquable d’observer que Claude Bernard  en 1864 dans son ouvrage « Principes de la médecine expérimentale » avait pressenti la dualité des formes revêtues par le progrès en  médecine. Il écrit en effet : « dans les  sciences expérimentales, le respect mal entendu de l’autorité personnelle serait de la superstition  et serait un véritable obstacle au progrès de la science. En effet les grands hommes sont précisément ceux qui ont apporté des idées  nouvelles et détruit des erreurs. »   C’est le progrès par rupture.  Et plus loin : « dans l’investigation scientifique, les moindres procédés sont de la plus haute importance. Le choix heureux d’un animal, un instrument construit d’une certaine façon, l’emploi d’un  réactif ou bien d’un autre suffit souvent par résoudre les questions générales les plus élevées ». C’est là le progrès incrémentiel.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

(1)               GRUENTZIG A. – Results from coronary angioplasty and implications for the future.  Am J Cardiol, 1982,103,779-783.

 

(2)               THE CURE INVESTIGATORS. - Clopidogrel in unstable angina to prevent recurrent events : effects of Clopidogrel in addition to aspirin in patients with acute coronary syndroms without ST elevation. N Engl J Med, 2001,395, 494-497.

 

(3)               ANGIOLILLI D, COSTA M, SHOEMAKER S et al – Functionnal effects of high Clopidogrel maintenance  dosing in patients with inadequate platelet inhibition on standard dose treatment. Am J Cardiol, 2008,101, 440-445.

 

(4)               SIGWART U, PUEL J, MIRKOWITCH V et al – Intravascular stents to prevent occlusion and restenosis after transluminal  angioplasty. N Engl J Med, 1987, 316, 701-703.

 

(5)               BARRAGAN P, PIETRI P, VILLAIN P et al – Antiplatelet therapy during coronary  endoprothesis placement. Arch Mal Coeur Vaiss, 1996, 89, 1515-1520.

 

 

(6)               SCHÖMIG A, NEUMANN FJ, KASTRATI A et al. - A randomized comparison of antiplatelet and anticoagulant therapy after the placement of coronary-artery stents. N Engl J Med, 1996, 334, 1084-1089.

 

(7)               MONTALESCOT G, BARRAGAN P, WITTENBERG O. - Abciximab before direct stenting in myocardial infarction. N Engl J Med, 2001, 344, 1895.

 

(8)               STONES G W, GRINES C L, COX D A et al. - Comparison of angioplasty with  stenting in acute  myocardial  infarction. N Engl J Med, 2002, 346, 957-966.

 

(9)               KIEMENEIJ F.  - A randomized comparison of percutaneous transluminal coronary angioplasty by the radial, brachial, and femoral approach : the Access study. J Am Coll Cardiol, 1997, 29, 1269-1272.

 

(10)           HELFT G, DAMBRIN G,  ZAMAN A et al – Percutaneous coronary intervention  in anticoagulated patients via radial artery access. Catheter Cardiovasc Interv 2009, 73, 44-47.

 

(11)           FOX K, CARRUTHERS, STEG G et al – Has the frequency of bleeding changed over time for patients presenting with an acute coronary syndrome ? The Global Registry of Acute Coronary Events. Eur Heart J 2010, 31, 667-675

 

 

Tableau (1) : morbi-mortalité de l’occlusion coronaire aigue en cours de procédure d’angioplastie coronaire

 
Centres
 
Date
 
 
N
 
Occlusion
 
Décès
 
Infarctus
 
Pontage
EMORY
 
1982-86
4772
4,4 %
2,9 %
46 %
55%
NHLBI
 
1985-86
1801
6,8 %
4,9 %
40 %
40 %
THORAL
CENTER
1986-88
1423
7,3 %
6    %
36 %
31 %
SAN FRANCISCO
HEART CENTER
 
1990- 91
 
553
 
4,9 %
 
0    %
 
33 %
 
41 %

 

Les dépenses de santé au programme de l'Académie


LES DEPENSES DE SANTE

MOTS-CLES : DEPENSES DE SANTE. ASSURANCE MALDIE

 

Health expenditures 

KEY-WORDS : HEALTH EXPENDITURES. NATIONAL HEALTH INSURANCE.

 

M. Huguier*[1]

 

Résumé

Les dépenses de santé peuvent être assimilées aux dépenses de soins et biens médicaux. Leur montant s’élève à 175 milliards d’euros, financés  par l’assurance maladie (77%), les mutuelles ou les assurances complémentaires (14%), et directement par les ménages (9%). Ces dépenses, sont constituées par les hospitalisations (44%), les soins extrahospitaliers médicaux, dentaires et para-médicaux (28%), les médicaments (20%) et quelques autres prestations (8%). Leurs augmentations ont comme principales raisons le progrès médical et le vieillissement de la population. D’autres facteurs sont plus maîtrisables : l’offre de soins, le coût pour les patients, la formation et l’information du public, la formation des médecins prescripteurs. La France est le pays d’Europe qui consacre le plus fort pourcentage de son PIB aux dépenses de soins (9,2%) alors qu’il se situe entre 7% et 8% en Suède, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, ce qui représente un différentiel d’environ 18 milliards. L’augmentation du coût des soins et biens médicaux est particulièrement marquée en France, même si elle s’est un peu atténuée en 2011. Il existe surtout un déséquilibre chronique entre le financement et les dépenses aboutissant à un déficit  cumulé qui n’est pas loin d’atteindre 100 milliards.

Dans un premier temps nous pouvons et nous devons gagner beaucoup en efficience. Ensuite, ou bien nous voulons préserver notre système de protection sociale et il sera nécessaire d’en réformer le financement, ou bien la priorité sera de maintenir son mode de financement et la protection sociale s’altérera peu à peu.

 

Summary

Health expenditures are care and health goods. Total cost adds up to 175 billions of euros,  financed by public health insurance (77%), friendly or insurance companies (14%) and individuals (9%) These expenditures are made up of  cost of hospitalisation (44%), out hospital medical, dental and paramedical cares (28%), drugs 20%) and some other deliveries (8%). The main factors of increasing costs are medical progress and  ageing process. Other factors are more easily controlable : health supply, costs for patients, public education and information, and training of physicians. Among European countries, France dedicates the higest percentage of gross national product to health expenditures (9,2%)  while they amount to 7% to 8% in Sweeden, in Germany or in Great-Britain, that account a difference of about 18 billions. Increasing cost of care and health goods have specially great effect in Fance. There is almost a chronic imbalance between ressources and expenditures leading to a cumulated budget deficit of  100 billlions.

For now, we have and we must to get greater efficience. Afterwards, either we want to  preserve our care protection system and it will be necessary to                                              reform financial supplies, or priority will be to maintain financial system and care protection will graduallly deteriorate.

 

  Tous les pays du monde sont confrontés aux problèmes posés par l’augmentation des dépenses de santé que les économistes appellent « de soins et de biens médicaux » [1]. Il convient de les différencier des « dépenses totales de santé » qui incluent, en plus, les soins en établissement des personnes âgées, les dépenses de recherche et de formation, les indemnités journalières en cas d’arrêt de travail pour maladie ou maternité. 

Les objectifs de cette information sont de rappeler 1) comment ces dépenses sont financées, 2) comment se répartissent les principaux postes de dépenses (tableau 1), 3) quels sont les facteurs qui influencent la consommation médicale.

Nous évoquerons ensuite quelques comparaisons avec d’autres pays et les déficits abyssaux de l’assurance maladie, qui nous paraissent obérer lourdement l’avenir.

Nous rappellerons enfin quelques propositions de la commission Assurance maladie de l’Académie pour gagner en efficience [2].

 

Le financement des dépenses de santé

En France, les dépenses de santé en 2010 se sont montées à 175 milliards d’euros, soit près de 2 700 euros par personne. Leur financement se répartissait ainsi : assurance maladie 77%, mutuelles ou assurances complémentaires 14%, et directement les ménages 9%. Ceci ne représente qu’une moyenne. Les affections de longue durée, par exemple, sont prises en charge à 100% par l’assurance maladie[2]. Il en est de même de la plupart des hospitalisations en dehors du forfait hospitalier, ce qui explique que, si l’hospitalisation constitue 44% des dépenses de santé, elle représente près de 50% des dépenses de l’assurance maladie. A l’inverse, certains médicaments à service rendu faible, les soins dentaires, l’optique, sont peu remboursés par l’assurance maladie, mais plus ou moins par les mutuelles ou les assurances selon les termes du contrat qui a été souscrit. Quoi qu’il en soit, des pays de l’OCDE, la France est celui dans lequel le niveau de prise en charge publique des dépenses de santé est le plus élevé.   

 

Les principaux postes de dépenses

Ces dépenses, sont constituées par les dépenses d’hospitalisation (44%), les soins extrahospitaliers médicaux, dentaires et para-médicaux (28%), les médicaments (20%) et quelques autres prestations (8%).

 

Les facteurs qui déterminent les coûts de la « consommation médicale »

Dans l’évolution des dépenses deux facteurs ont un rôle majeur: le progrès médical et l’âge.

Le progrès médical est le facteur qui influence le plus la progression des coûts. Il a plusieurs composantes.

1) Les innovations diagnostiques et thérapeutiques élèvent le coût unitaire de traitement des maladies. Ainsi les chimiothérapies plus efficaces et mieux supportées dans le traitement des cancers sont de plus en plus onéreuses[3]. De façon générale, les industries biomédicales et pharmaceutiques développent des offres technologiques toujours plus sophistiquées, mieux diffusées et plus coûteuses. Mais les coûts unitaires des nouveaux traitements a tendance à diminuer avec le temps comme le montre l’exemple des médicaments génériques.

2) L’amélioration du pronostic des maladies prolonge la durée de leurs traitements et des coûts qu’elle suscite[4].

3) Les progrès médicaux sont de mieux en mieux connus et, de ce fait, l’ensemble de la population y a de plus en plus largement recours. Par exemple, en Grande-Bretagne, de 1990 à 2006 les opérations pour cataracte pour 100 000 habitants sont passées de 200 à 600. La même évolution a été observée en France sur une période très limitée, ce qui prouve que le phénomène n’est pas seulement lié au vieillissement de la population.

En effet, l’âge est un second facteur d’augmentation de la consommation médicale, surtout au-delà de 60 ans. Cela s’explique par le cumul des affections avec les ans. A un problème cardiaque, vient s’ajouter un trouble endocrinien ou respiratoire, puis une affection neurologique, maladie d’Alzheimer ou accident vasculaire cérébral, etc. En 2 000, les dépenses de santé annuelles étaient de l’ordre de 1 000 euros entre 10 ans et 40 ans, de 1 500 euros vers 50 ans, de  2 500 à 60 ans, pour s’élever à 3 500 euros à 70 ans [3]. 

Age et progrès médical se conjuguent souvent[5].

 

D’autres facteurs jouent un rôle sur le volume et le coût des soins, et sont mieux contrôlables.

L’offre. Plus l’offre est importante, plus la consommation médicale s’élève. Une étude de la Caisse nationale d’assurance-maladie, publiée en 2009, comparant les régions en France, a montré que, dans les régions où les densités médicales étaient les plus fortes, les consommations de soins y étaient également les plus élevées, mais sans que l’état de santé de la population y soit meilleur. Cela est aussi vrai pour les examens biologiques ou radiologiques : une offre importante favorise la surconsommation.

Les coûts et le financement. Les modalités de financement jouent, elles aussi, un rôle déterminant dans la consommation médicale. Deux exemples sont démonstratifs à cet égard : 1) Une mutuelle a comparé, à âge et sexe similaires, deux sous-groupes, l’un remboursé à 70%, l’autre à 100%. Le nombre d’actes médicaux a été supérieur dans ce dernier, de 17% par rapport au premier. 2) Un deuxième exemple est plus récent. En 2003, l’augmentation du tarif de consultation à domicile a fait baisser leur nombre de 22,5%.

Enfin, la formation et l’information du public sont essentielles. Elles rendent compte des attentes de la population. Le rôle des médias (presse, télévision, internet), informant des progrès médicaux développe la demande des patients. Les articles qui vantent l’apport de tel ou tel examen biologique, radiologique, ou de telle nouvelle technique de soins sont inflationnistes. Si nos concitoyens sont aujourd’hui beaucoup plus informés que par le passé, c’est un fait heureux. Néanmoins ils sont souvent mal informés, voire désinformés.  

Un autre facteur de consommation ou de surconsommation médicale est, dans le domaine médicamenteux, l’abaissement du seuil de tolérance des patients (douleurs peu intenses, troubles du sommeil etc.). C’est ce qui a été appelé, de façon générale, les non-maladies (non-diseases : ennui, lassitude, tristesse etc.) [4]. Ainsi, le recours aux soins s’est peu à peu transformé en consommation médicale, le patient en usager et le médecin en prestataire de service.

Les médecins prescripteurs ne sont pas toujours assez conscients de leurs responsabilités. Ils prescrivent largement en raison d’une demande de plus en plus exigeante des patients pour se faire faire des examens biologiques ou radiologiques au moindre symptôme [5]. Ils le font encore pour ne pas passer à coté de quelque chose de grave en oubliant parfois que, derrière chaque acte, il y a un coût.

Le surdiagnostic et la non-qualité contribuent aussi à l’escalade des dépenses de santé. C’est le cas, par exemple chez des malades âgés, de petits cancers de la prostate qui ne mettent pas en jeu le pronostic vital.  Mais si la qualité a un coût, la non-qualité coûte encore plus cher sous le double aspect humain et économique : par ses errances diagnostiques et le déploiement aveugle d’examens inutiles, coûteux, parfois dangereux [6] ; mais aussi par le fait de traitements inappropriés et d’accidents thérapeutiques évitables.  

 

Les aspects positifs du coût des soins et biens médicaux

Il ne faut cependant pas perdre de vue les aspects positifs des dépenses de santé. Elles contribuent largement, dans les pays qui ne sont pas en conflits et qui ont atteint un certain niveau d’hygiène et d’alimentation, à augmenter l’espérance de vie. Cette espérance de vie en bonne santé, est de 75 ans au Japon, de 73 ans en France et en Australie, de 70 ans aux USA.

Par ailleurs, les dépenses de santé participent à l’activité économique. En France, elles rémunèrent 350 000 médecins, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, 500 000 infirmières, 70 000 kinésithérapeutes, 100 000 personnes dans l’industrie pharmaceutique.   

 

Quelques comparaisons internationales

La France est, en Europe, le pays qui consacre le plus fort pourcentage de son PIB aux dépenses de soins (9,2%), devant la Suède (8%), l’Allemagne,  la Grande-Bretagne (7,7%), l’Italie (6,5%), et l’Espagne (6%). Si l’on parle dépenses totales de santé, la France vient au 3ème rang mondial (11,8% du PIB), après les Etats-Unis (17,4%), les Pays-Bas (12%), et devant  11,8% en France, suivis de l’Allemagne, du Danemark et du Canada (entre 10% et 11%), alors qu’elles sont de 8% au Japon. En 2006, cela représentait par habitant 4 300 euros aux Etats-Unis, 3 610 euros en France et 1 570 euros au Japon.

L’augmentation du coût des soins et biens médicaux est particulièrement marquée en France, en moyenne de 4,4% par an de 1999 à 2004, alors qu’elle n’était que de 2,7% au Japon et de 1,9% en Allemagne. De 2005 à 2009, elle a encore progressé de 3,7% par an. 

 

Des déficits abyssaux

Les dépenses de santé augmentent proportionnellement plus vite que les ressources de l’assurance maladie, principal financeur, ressources basées sur l’évolution des salaires et de la richesse nationale. Ainsi, le déséquilibre est d’autant plus marqué en période de chômage et de stagnation économique. 

Cela explique qu’en 2006, la dette cumulée de l’assurance maladie se soit montée à 76 milliards auxquels s’ajoutent près de 20 milliards pour les trois années suivantes et autour de 15 milliards par an pour les deux dernières années.

Un éditorialiste économique a pu écrire « la rétrospective est atterrante, la prospective est terrifiante »[6]. 

 

Que faire ?

Le fait que nous consacrions aux dépenses de santé au moins 1% de PIB (environ 18 milliards) de plus que nos voisins, qui ne se portent sensiblement pas plus mal que nous, prouve que nous pouvons beaucoup gagner en efficience. Cela a fait l’objet des propositions concrètes de la commission Assurance maladie de l’Académie[7]. Elles concernaient essentiellement les affections de longue durée, l’hospitalisation, le médicament, le service médical des caisses, l’institution d’un ticket modérateur modulé d’ordre public, le contrôle des moyens affectés à la santé, et la santé publique [2].  Le bon usage des explorations et des traitements a fait l’objet de propositions[8] dont la portée est limitée, notamment par le fait qu’elles ne soient pas opposables.

Mais en tout état de cause, les coûts des soins et des biens médicaux continueront à augmenter plus vite que les ressources de l’assurance maladie, essentiellement du fait des progrès de la médecine et du vieillissement de la population. Le dilemme sera alors le suivant : ou bien nous tenons à préserver notre système de protection sociale auquel nous sommes, à juste raison, très attachés et il sera nécessaire d’en réformer le financement ; ou bien la priorité sera de maintenir son mode de financement et la protection sociale s’altérera peu à peu. La part des mutuelles et des assurances complémentaires s’amplifiera progressivement. Cela entraînera, de façon bien compréhensible, à la fois des contraintes pour les usagers comme en Grande-Bretagne et des exigences de rentabilité pour les assureurs comme aux Etats-Unis. 

 

Références

 

1. Prieur C. Financer nos dépenses de santé. Que faire ? Paris : L’Harmattan, 2011:283 pages.

2. Milhaud G, Huguier M, Rossignol C, Tillement JP, Ambroise-Thomas P, Lagrave M, Denoix de Saint Marc R. Propositions pour une réforme de l’Assurance maladie. Bull Acad Natle Med 2011;195:1121-32.

3.Dormont B, Grignon M, Huber H. Health expenditure growth : reassessing the threat of ageing. Health Economics 2006;15:947-63.

4. Carli P, Graffin B, Gisserot O, Landais C, Paris JF. Les non-maladies : un autre domaine de l’interniste. Rev Med Int 2008;29:122-8.

5. Palfrey S. Daring to practice low-cost medicine in a high-tech era. New England J Med ; 2 mars 2011.

6. Mornex R. Pour une stratégie des examens paracliniques. Nouv Presse Med 1977;6:1725-8.


Tableau 1. Financement et répartition des dépenses de santé (175 milliards en 2010).

 

 

Financement des soins et biens médicaux
            Assurance maladie *           76%
            Mutuelles, assurances         14%
            Ménages                              10%
 
* Ce financement par l’assurance maladie est une moyenne. Il va de 100% pour les affections de longue durée à 55% pour les soins de ville et à 0% pour certains médicaments.
 
Financement de l’assurance maladie
Cotisations sociales 63 %
CSG                         37 %
Taxes                       10 %      
 
Prestations
            Hospitalisation        44  %
            Soins ambulatoires  28 %
            Médicaments           20 %
            Divers                       8 %
 
 
 

 



[1] Membre de l’Académie nationale de médecine.
 
[2] Sauf les franchises instituées en 2008 sur les boîtes de médicament, les actes para-médicaux, et les transports sanitaires
[3] Par exemple, Une étude de l’Institut Curie a montré que, pour les cancers du sein dans les années 80, le coût de six mois de traitements était d’environ 150 euros ; au début des années 90, il était estimé à 760 euros ; et en 2002, avec les traitements par un anticorps monoclonal, il s’élevait en moyenne à 18 000 euros, toujours pour une durée de six mois.
[4] Par exemple, après un infarctus du myocarde la diminution de la mortalité a pour conséquence l’institution de traitements à vie de type divers : antiagrégant plaquettaire, bétabloquant, inhibiteur calcique, antagoniste des récepteurs de l’angiotensine, hypocholestérolémiant et l’association des uns et des autres.
[5] Un exemple caractéristique est celui de la dégénérescence maculaire de la rétine. Elle atteint un million de Français. Liée à l’âge, ce chiffre devrait doubler d’ici 2030. Il n’y avait aucun traitement il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, une injection intra-orbitaire d’anti-VEGF coûte près de 2 300 euros. Mais, autre conséquence du progrès, des traitements moins onéreux sont sur le point d’apparaître.
 
[6] Jean-François Pécresse, « Les Echos », 2010.
[7] Rappelons que ces propositions ont résulté de 32 séances de travail et de l’audition, inter alii, de deux anciens premiers ministres et de cinq anciens ministres de la santé.
[8] Par trois structures successives, mises en place depuis 1980 : l’Agence nationale pour le développement de l’évaluation médicale (ANDEM), l’Agence nationale d’accrédiation et d’évaluation en santé (ANES), et la Haute autorité de santé (HAS).