mardi 6 février 2024

🔷️ AFRIQUE : Interview/ portrait de Denis Deschamps membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer

         
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AVANT PROPOS 
Denis Deschamps est membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (ASOM) et ancien Délégué général de la Cpccaf (Conférence permanente des chambres consulaires et organisations intermédiaires africaines et francophones), qu’il a dirigé entre mi-2016 et fin 2023. Il est par ailleurs membre de de l’Académie d’intelligence économique et de la Société d’encouragement pour la promotion de l’industrie nationale.


👉 Bonjour Denis Deschamps, si vous deviez faire votre auto portrait que diriez-vous de vous ?

Arrivé à presque 60 ans, je suis désormais un « ancien » et je peux donc jeter un regard de sage sur mon parcours pour faire une juste appréciation sur ses principales caractéristiques : j’aime en fait me définir comme un « esprit léger », à défaut d’être totalement libre. Autant que cela semble possible dans un monde toujours plus documenté, je considère ainsi mon environnement avec empathie et curiosité, en contrepoids d’un grand « vide intérieur » que je prétend cultiver en secret.


👉 À quelle carrière vous destiniez-vous à 20 ans?

A 20 ans, je croyais à la fois à la Grande littérature et au Service public. Depuis lors, le monde a changé et mes aimables croyances d’alors ont été très sensiblement mises à mal. Sans verser pour autant dans la mélancolie ou penser que j’ai raison malgré tout, je garde mes yeux grands ouverts sur le monde, sachant qu’il n’était pas nécessairement mieux avant (Et pourtant ! : « laudator temporis acti »).


👉 Conférencier, expert  en  géopolitique et géoéconomie...vous  avez plusieurs cordes à  votre  arc... laquelle  préférez-vous ?

J’aime avoir un point de vue historique sur l’évolution du monde, qui n’est ni géopolitique, ni même géoéconomique, mais qui m’autorise, dans une certaine mesure, à manifester un point de vue distancié / mesuré : je sais pertinemment que « rien n’est vrai ; tout est permis », qui est le saint principe de réalité énoncé par le roi des montagnes (Edmond About).


👉 À quelle époque et dans quelle circonstance le monde de la géopolitique a-t-il croisé votre route ?

L’autre-monde m’a toujours attiré, en partie en raison de l’histoire ultra-maritime de ma famille et aussi parce que je pense que ce qu’on ne connaît pas est toujours beaucoup plus intéressant que ce qu’on connaît trop. Il y a 35 ans, j’avais étudié l’islam pakistanais, pour finalement me consacrer aujourd’hui et depuis 10 ans à la connaissance de l’Afrique, de préférence francophone.


📷 Quimper (novembre 2023), avec des membres des chambres consulaires du réseau de coopération Cpccaf

👉 Pouvez-vous nous dire deux mots de la conférence du 20 décembre dernier
"Pour une nouvelle Francophonie" / et de votre intervention sur le thème : "Refonder la Francophonie en s’appuyant sur les forces vives de l’Afrique" ?

La francophonie est un sujet qu’il faut défendre raisonnablement, c’est-à-dire aussi sous son angle essentiellement économique et très majoritairement africain. Je souhaite ainsi que la nouvelle Afrique « souveraine » puisse se développer à partir des forces vives du continent et également des acteurs qui les accompagnent, comme le groupe AFD – Agence française de développement en a récemment manifesté la volonté lors d’une conférence organisée le 23 janvier 2024 par AfricaPresse (Alfred Mignot), en présence des ambassadeurs africains de Paris.

Maintenant, il faut espérer que ce type de réunions génère une dynamique positive pour la croissance africaine. Pour cela, je pense qu’il faut que les opérateurs français, avec le soutien de nos acteurs publics (AFD, Proparco, Expertise France, BPI, Business France), puissent effectivement se placer dans une logique de partenariat concret visant à soutenir plus particulièrement l’industrialisation du continent. Car, sans industrie, l’Afrique n’arrivera jamais à absorber la masse considérable de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail et les problèmes iront en s’aggravant.


👉 Particulièrement intéressé, pour ne pas dire passionné, par l'Afrique vous avez  pris part à la conférence https://www.africapresse.paris/REPLAY-Grand-succes-de-la-XIIe-Conference-des-Ambassadeurs-Africains-de-Paris 
de Africa presse
dédiée au partenariat renouvelé du Groupe AFD avec l’Afrique  le 23 janvier  dernier.
Pouvez-vous nous en faire le résumé ?

Il y aura d’autres étapes pour l’Afrique et la francophonie. Toutes les bonnes volontés doivent ainsi se mobiliser, car les enjeux ne sont pas négligeables. On peut même craindre qu’ils ne soient effectivement insurmontables, compte tenu notamment de contextes têtus, mais nous devons continuer à croire que nous pouvons, nous devons le faire, comme si nous étions toujours jeunes d’esprit et en mesure de mettre en place une diplomatie économique plus efficace qu’elle ne l’est aujourd’hui.
En tout état de cause, il faut penser d’abord à cette jeunesse africaine à laquelle des anciens, tels que moi, doivent pouvoir encore prodiguer d’excellents conseils. 

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Je nourris à l’endroit de Denis une récente mais profonde amitié. Nous œuvrons tous les deux sur et pour le continent africain à qui nous consacrons beaucoup de notre affection et de notre temps. C’est à ce titre que j’ai eu le plaisir de prononcer le discours d’installation de Denis à l’Académie des Sciences de l’Outre-mer.

Denis est la continuation d’une longue lignée familiale consacrée à l’Afrique, à l’Extrême-Orient et à l’Outre-mer. Les Deschamps ont donné à la France plusieurs personnalités au service du pays, dans ce que l’on appelait à l’époque les colonies. De son arrière-grand-père qui a accompagné Gallieni à Madagascar à son père, ambassadeur aux Comores et au Burkina Faso. Denis continue dans cette voie-là.

Il a construit une carrière tournée vers les coopérations économiques, les partenariats internationaux, l’intelligence économique et l’Afrique. Car l’avenir de l’Afrique n’est pas seulement politique, diplomatique ou militaire, il est d’abord et avant tout économique. Denis se consacre à ce rôle fédérateur depuis des années pour favoriser un environnement favorable au développement. Et il n’oublie pas la dimension importante de la francophonie. Il y croit beaucoup. 

Je voudrais ajouter que Denis dispose d’un sens de l’humour aussi fin que discret, qualité si utile et si unificatrice dans le monde francophone. Cela lui permet de jouer un rôle de rassembleur, de fédérateur d’énergies et de porteur de conviction, en créant une atmosphère empathique autour de lui.

Propos recueillis  par  Nora  Ansell-Salles  auprès  de Denis  Deschamps et de Étienne  Giros

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